Covid-19 & Burundi

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Au Burundi, la pandémie de Covid-19 frappe beaucoup plus fort que ne l’indiquent les rapports officiels (178 avec 83 infections et 1 décès, juste au-dessus du Liechtenstein). Nous savons, grâce à notre propre réseau de micro-projets au Burundi, que le nombre de victimes est beaucoup plus important de ce qui est publié dans les canaux officiels. Il est interdit de mentionner quoi que ce soit sur Covid-19 dans les publications. Nous savons néanmoins que, par exemple, la femme du président est infectée et se trouve dans un hôpital au Kenya.

Au Burundi, un régime présidentiel dictatorial aurait pris fin cette semaine avec la mort de l’actuel président Pierre Nkurunziza: une crise cardiaque est la cause officielle, mais dans les couloirs, les gens pensent beaucoup plus aux conséquences d’une infection au COVID-9. Nkurunziza était au pouvoir depuis 2005 et il a plongé le pays dans une crise politico-ethnique grave quand, en 2015, il est allé à l’encontre de la constitution (qui interdit un troisième mandat pour un président). Cette crise est venue aggraver la situation économique de ce pauvre pays, où deux tiers de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. Avant la guerre civile, qui a coûté la vie à plus de 300 000 personnes, Nkurunziza, diplômé dans l’Education Sportive, travaillait comme assistant à l’Université du Burundi. Il était surtout connu pour son amour du football. Sur le plan international, le pays s’est progressivement isolé. Une commission de l’ONU a accusé le gouvernement à plusieurs reprises de crimes contre l’humanité. Le Burundi s’est retiré de la Cour Pénale Internationale de justice.-CPI- basée à La Haye. Très récemment une commission de l’OMS a été expulsée du pays à cause de Covid-19. Selon le président, le peuple du Burundi est protégé par Dieu contre le virus de corona. Ce qui est certain, c’est que les faits parlent un langage différent.

Et maintenant ? Monsieur Evariste Ndayyishimiye (secrétaire général du même parti CNDD-FDD que Nkurunziza), a été élu cette semaine, comme nouveau président. Il aurait obtenu 68% des voix lors des élections où aucun observateur n’était autorisé. Les Burundais qui ne soutenaient pas le CNDD-FDD étaient considérés, surtout par Monsieur Nkurunziza, comme des ennemis de l’État. Les Imbonerakure, l’aile jeunesse du parti militarisée est, selon les organisations des droits de l’homme, responsable de la plupart des violences. Il était prévu de l’inaugurer le 20 août. Probablement, cela risque d’être précipité.

Il faut espérer que le changement de pouvoir apportera également un peu plus de réalisme au Burundi. Le nouveau dirigeant a la réputation – jusqu’à présent – de ne pas être corrompu. Son profil modéré pourrait bien ramener la communauté internationale dans le pays. Le pays qui, selon l’Unesco, est le deuxième pays le plus malchanceux du monde (seule la Corée du Nord obtient un score plus mauvais) mérite mieux après le génocide catastrophique (Hutus contre Tutsis) des années 1990. Nkurunziza se verrait confier le rôle de « chef suprême » (« guide suprême du patriotisme », ce qui le placerait presque au-dessus du président, en tant que marionnette de contrôle). Pour le Burundi, les derniers mots du prince Guillaume d’Orange – juste après le tir de l’assassin Balthasar Gérard – sont d’une importance capitale ; ce sont des mots qui auraient pu être prononcés par ce président également :

« Mon Dieu, ayez pitié de moi et de ton pauvre peuple« 

Sources diverses:

https://www.bbc.com/news/world-africa-52984119

https://www.lepoint.fr/afrique/burundi-les-elections-d-abord-le-coronavirus-apres-28-04-2020-2373248_3826.php#

https://www.lepoint.fr/sport/football/en-bielorussie-au-burundi-au-nicaragua-on-joue-encore-au-foot-07-04-2020-2370331_1858.php

http://www.rfi.fr/fr/afrique-foot/20200420-burundi-le-foot-sinterrompt-entre-coronavirus-et-%C3%A9lections

https://www.jeuneafrique.com/991026/politique/burundi-la-premiere-dame-a-t-elle-ete-evacuee-pour-se-faire-soigner-du-coronavirus/

http://www.rfi.fr/fr/afrique/20200531-burundi-kenya-coronavirus-premiere-dame-denise-nkurunziza-hospitalisee